Portnawak 2.0
Publié le 29/09/05
Oui. Je sais ce que vous êtes sûrement en train de penser :
Ils commencent tous à nous gonfler avec leur crêpage de chignons à propos du Web 2.0 ....
Et je vous l'accorde bien volontiers. En fait, l'envie de faire ce billet découle simplement d'une envie encore plus grande de ne plus en parler. Je m'explique ...
Jusqu'à maintenant, je me suis contenté de petits posts laconiques au sujet de ce buzz Web 2.0. On y devine ma position, mais à aucun moment je ne l'ai argumentée ou, à défaut, éclaircie. Elle est donc là, la motivation de ce billet. Là, mais également dans l'envie de répondre à la question posée par Fred Cavazza : "Web 2.0 : de quoi avez-vous peur ?"
Web 2.0 ?... Une belle fumisterie ![1]
En disant cela, je m'attaque avant tout à ce nouveau label très hype. C'est une appellation que je trouve ronflante, inutile et stupide. Actuellement, pour peu qu'une application ou qu'un service offre une interface assez riche, propose une API distante, le tout débouchant sur quelque chose de sexy, voilà qu'on y apose l'étiquette Web 2.0. Mais dans le fond... qu'est-ce qu'on a de nouveau là dedans ? Rien, absolument rien.
Techniquement : Javascript, RSS, le remote-scripting, XML, les blogs, les API distantes, les tags ? Tout cela existe depuis presque dix ans (en exagérant à peine). Allez, soyons sympas, on va dire depuis plus de cinq ans
... Même le mélange de tout cela n'est pas nouveau : de telles applications existent depuis des années en intranets[2] (je le sais, j'en ai faites...). Si sur le web "public" elles ne faisaient pas légions ces dernières années, j'y vois plusieurs raisons possibles :
- la guerre Netscape / Microsoft a été un véritable frein,
- certains de ces outils et formats arrivent seulement à maturité,
- certains de ces outils et formats passent seulement du statut "gadgets pour geeks" à celui de "must have".
Et même le fait d'employer des nouveaux noms hype pour désigner des choses déjà existantes (Ajax
, Live web
, ...) n'est pas nouveau.
Globalement : Il y a une sorte de "vision" derrière tout cela parait-il. Et si je m'en tiens à l'article "Qu'est ce que le Web 2.0 ?", paru aujourd'hui sur InternetActu.net, il semblerait qu'elle tienne dans la définition donnée par Richard MacManus :
Web 2.0 is social, it's open (or at least it should be), it's letting go of control over your data, it's mixing the global with the local. Web 2.0 is about new interfaces - new ways of searching and accessing Web content. And last but not least, Web 2.0 is a platform - and not just for developers to create web applications like Gmail and Flickr. The Web is a platform to build on for educators, media, politics, community, for virtually everyone in fact!
Web 2.0 is all of the above things - don't let anyone tell you it's one or the other definition.
"What is Web 2.0" - Richard MacManus
Mouaip... Je veux bien, mais... J'aimerais avant tout qu'on m'explique en quoi cette façon de voir les choses différe vraiment de celle-ci (à part dans la forme) :
The dream behind the Web is of a common information space in which we communicate by sharing information. Its universality is essential: the fact that a hypertext link can point to anything, be it personal, local or global, be it draft or highly polished. There was a second part of the dream, too, dependent on the Web being so generally used that it became a realistic mirror (or in fact the primary embodiment) of the ways in which we work and play and socialize. That was that once the state of our interactions was on line, we could then use computers to help us analyse it, make sense of what we are doing, where we individually fit in, and how we can better work together.
"The World Wide Web: A very short personal history" - Tim Berners-Lee
Entre les deux, si je m'en tiens à la date de modification du document de TBL, sept années se sont écoulées ... Tout ce que cela m'inspire, c'est que nous avons enfin, potentiellement, les moyens de donner corps au "rêve" de Berners-Lee, en gros de complèter la première vision du Web. Pas d'en introduire une nouvelle, sauf donner dans la paraphrase.
C'est pour cela que l'appellation Web 2.0
me fait bondir. Ce ne sont pas les techniques sous-jacentes, ni les méthodes appliquées, ni même l'engouement pour l'ensemble. Pour cela, qu'on s'en réjouisse est une bonne chose bien au contraire. Mais par pitié, arrêtons d'appeler cela Web 2.0
: il n'y a pas de ruptures techniques et idéologiques suffisantes pour justifier ce 2.0, alors que nous approchons seulement d'un 1.0[3].
Web 2.0 : de quoi ai-je peur ?
De l'utilisation abusive de ce terme et sa récupération par des gourous auto-proclamés de pacotille qui n'y voient qu'un bon filon.
Attention, ne tirez pas à vue non plus : en disant cela, je ne vise pas le projet Phénix . Je ne lui ai pas encore porté suffisamment d'attention pour me risquer à le juger. De plus, si son objectif est de faire avancer les utilisations intelligentes et pratiques du Web, je ne pourrais que l'encourager. Non, je vise tous ceux qui ne manqueront pas de rejouer le coup du Web au moment de la bulle. Puisqu'il y en aura, de ces charognards, vendeurs de poudre aux yeux, refourgueurs à la petite semaine de produits miraculeux[4].
Je reste persuadé que le web n'est pas encore ce qu'il devrait être et que les raisons de ce retard ne sont pas techniques. Nous avons dû faire face à une sombre période de méfiance, pour ne pas dire de défiance, vis à vis du Web. L'effet bulle n'en est qu'une cause partielle. L'autre grande cause, ce sont les utilisateurs qui ont été dupés. Ces entreprises auxquelles des pseudo-experts peu scrupuleux promettaient merveilles et fortune facile. Retour sur investissement immédiat. Jackpot garanti. L'image de Net et des professions gravitant dans cette sphère ont souffert d'une minorité de grandes gueules incompétentes et sans scrupule. Je ne souhaite pas que cela se reproduise maintenant.
Tout ce buzz autour d'un Web 2.0
ouvre trop de portes par lesquelles les prochains arnaqueurs peuvent s'engoufrer. Tout ce bruit, cette rumeur de révolution là où il n'y a qu'une évolution, une récolte des fruits de travaux entamés depuis de longues années, pourrait nous conduire de nouveau à un tel jeu de dupes. Un jeu dans lequel il n'y aura jamais qu'un type de gagnants : ceux qui se foutent du Web passé, présent et futur. Mais sûrement pas les véritables acteurs...
Notes
[1] Ben oui, il est préférable de commencer en douceur ...
[2] Autant sur un intranet, il est possible d'imposer des choix et technologies, autant cela s'apparente à du suicide sur internet.
[3] Et qu'on en profite au passage pour noter en grosses lettres que sans une concurrence saine, c'est-à-dire respectueuse des standards, basée sur une vraie innovation et non sur un protectionnisme cherchant à enfermer les utilisateurs, ce but pourrait ne pas être atteint...
[4] Notez bien que je laisse les investisseurs en dehors de tout ça. Ce n'est pas le propos.
Commentaires
DotClear 2.0 : Même pas peur :-)
Franck... Tu sors ! :-D
Franck > excellent ! :D
Tout ça c'est bien joli, mais pour ce qui est des dénominations qui me donnent des boutons, je ne m'occuperai de ceux qui disent "web 2.0" qu'une fois que j'aurais traqué et neutralisé tous les ceusses qui disent "L'internet".
Quoi, combat d'arrière-garde, quoi ?
Xave : C'est d'un nase "Internet" !
Tu préfère le dire à la TF1 ? Je note.
Autant, je suis d'accord, c'est une appelation un peu ronflante qui risque fort d'etre recupéré a des fins tres mercantiles. Mais d'un autre coté, quand on a des logiciels qui passent d'une version 1.0 a une 2.0, on voit pas forcement un changement radical de concept, ca peut prendre la forme d'un logciel juste plus abouti, avec moins de bugs, etc. Donc autant, etre vigilent envers les abus c'est bien (marketing quand tu nous tiens ...), autant crier apres cette appelation n'est peut etre pas justifié ethimologiquement parlant (?) En tous cas, moi ca me choque pas.
J'veux dire, meme si on a jamais vu les web1.1, web1.7.0.4beta6 ou autres, on voit un réelle difference entre la vieille page html et ses gif animés et les trucs qu'on voit de plus en plus aujourd'hui avec css, php, xml, java, j'en passe et des meilleurs. Pourquoi ne pas marquer l'evolution ? (et inversement, pourquoi la marquer maintenant ?)
Parce que le web n'est pas une application. Et parce que ce qui fait le web (html, css, dom, ...) n'ont pas subis un changement de version majeur
je suis d'accord avec cet article mais aprés tout, tant qu'on bosse c'est bien non ?
;)
Et puis tout le monde ne connait pas TBL...
A+
ps: bien ce blog !
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