mercredi 25 août 2004
Un faux pas ?
Tout s'annonçait pour le mieux : les versions de développement ne cessaient de se bonnifier, le produit était déjà plébiscité et l'avenir semblait prometteur... Mais les vieux démons des projets informatiques refont surface, et avec eux le risque de ternir le pelage flamboyant du petit renard qui monte.
C'est avec une certaine amertume que j'ai lu le billet de Tristan Nitot sur le devenir de FireFox. Enfin, pour être exact, sur le choix qu'a fait l'équipe de FireFox quant à la livraison prochaine de la version 1.0. On ne peut pas remettre en question l'aspect cornélien de ce choix, ni s'offusquer de la décision prise. Néanmoins, cela n'empêche pas de s'interroger sur le bien fondé et les conséquences de celle ci.
Personnellement, ce que je ne saisis pas dans l'histoire, c'est cette obstination à tenir le délai. Que je sache, la communauté du libre n'a jamais fait du respect des délais son cheval de bataille. Le ressenti est plutôt une tendance à vouloir mettre en avant la qualité et les fonctionnalités de ses projets, afin d'offrir une alternative viable aux solutions propriétaires. De plus, le monde du logiciel est coutumier des dépassements de délais, aucun développement n'y échappe d'ailleurs vraiment.
Repousser la date de disponibilité de FireFox 1.0 aurait été, je pense, plus anecdotique qu'annoncer une amputation de certaines fonctionnalités. Concernant la question de la qualité, elle ne se posait déjà plus : les retombées médiatiques récentes des failles d' Internet Explorer ont fait que FireFox se doit d'être (quasi) irréprochable. Quant à faire un rapprochement avec l'incident Netscape 6... De qui parle-t-on là ? De l'actuelle Mozilla Foundation ou de (feu) Netscape/AOL ?
Alors que les versions de développement avaient probablement rencontré leur marché, la version 1.0 pourrait passer à côté. Par exemple, pourquoi j'utilise FireFox ? Parce que :
- en l'état, il est aussi stable qu'un Internet Explorer en version 6 croulant sous les rustines (jusque là, tout va bien...),
- le rendu des pages est rapide (jusque là, tout va bien...),
- il offre une bonne conformité aux standards (jusque là, tout va bien...),
- en tant que développeur, il s'avère un outil idéal : je peux tester mes différents layout aisément avec le Style Switcher, faire le debug de mon javascript à l'aide de la console JS, et valider la sortie produite par mes pages dynamiques avec le View Source (... gah! ...)
Suis-je le seul dans ce cas ? Mon entourage me prouve bien que non, les blogs traitant du webdesign me prouvent souvent que non. J'ai peur d'être déçu par la décision de l'équipe FireFox. Pire, j'ai peur de ne pas être le seul (et mon coup d'oeil aux commentaires sur le blog de Tristan ne me rassure pas).
Sur le long terme, cette décision ne risque-t-elle pas non plus de ralentir l'adoption des bonnes pratiques en terme de création de sites ? Pourquoi créer des styles alternatifs si je dois systématiquement recourir à un bout de script pour les basculer, avec la splendide liste déroulante pour la sélection. Il va bien falloir la poser quelque part... Voilà un bien bel exemple de séparation présentation/contenu et probablement une jolie perche tendue pour se faire égratigner par Jakob Nielsen.
Malgré toutes ces remarques, j'avoue que les chances sont grandes pour que je reste fidèle à FireFox. Dans l'éventualité d'une version 1.0 (trop) dépouillée, je sais (j'espère) qu'il me restera la possibilité d'obtenir des extensions comblant les pertes. Mais je lui trouverais moins de panache à ce petit renard, devenu un brin moins rusé.
De même, je risque de me demander encore longtemps si les équipes Mozilla n'ont pas un peu gâché l'énorme travail, sur le plan technique comme sur celui de la communication, qu'elles avaient effectué jusque là...

